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Les Slashers ou vers la fin du CDI?

2015-12-01 10.50.07Slashers? Et non c’est le pas le dernier film gore sorti sur grand écran. Ce serait une nouvelle forme de travail créée, par la force des choses, essentiellement par les trentenaires.

C’est l’accumulation de jobs.

Voici un article de l’Express sur cette nouvelle forme d’emploi. Peut-être vous y retrouverez-vous et rassuré de ne pas être seul, vous pourrez vous appeler un slasher!

Ils ont deux ou trois métiers et le revendiquent. Parce qu’ils ne se font plus d’illusions sur le monde du travail, les trentenaires improvisent de nouveaux modes d’emplois.

Stéphane a un appétit d’ogre que les vingt-quatre heures d’une journée ne suffisent jamais à rassasier. Ce n’est pas que ce Parisien de 34 ans soit hyperactif, non. Mais plutôt qu’il sait qu’une seule vie ne sera jamais assez longue pour accomplir tout ce qu’il voudrait. Alors il a pris le taureau par les cornes et a décidé de se dédoubler. “J’ai commencé par travailler dans l’audit immobilier, par atavisme familial. Au sein de l’entreprise, j’ai mis sur pied un service de communication institutionnelle qui m’a permis de faire de la vidéo, ma vraie passion. Et, aujourd’hui, parallèlement à mon job, j’ai monté mon auto-entreprise, où je vends mes services à des maisons de production et des chaînes de télé en tant que réalisateur.”

Consultant en immobilier/réalisateur/JRI (journaliste reporter d’images), Stéphane est devenu un slasher. Un anglicisme dérivé de slash, le signe typographique (/) que l’on a vu apparaître ces temps-ci dans la presse américaine et qui désigne ces trentenaires pour qui le travail se conjugue au pluriel. Différents de ceux qui additionnent deux, voire trois, emplois par nécessité économique- le plus grand nombre-, les slashers sont des militants du cumul. Ils sont graphiste/céramiste, journaliste/producteur de musique, bibliothécaire/ prof de shiatsu… Et il n’est pas question pour eux de choisir entre l’un et l’autre. Non seulement parce qu’ils ne parviendraient pas à joindre les deux bouts à la fin du mois, mais surtout parce qu’un seul métier, ce serait s’enfermer. Parce qu’une seule activité, ce serait s’ennuyer.

 Issus de la génération 25-35 ans, les slashers incarnent une vision complètement transformée du monde du travail, ayant intégré la précarité comme mode d’emploi et ne rêvant pas de salaires mirobolants mais juste de quoi créer les conditions d’une vie épanouie, sur le mode “quitte à être précaire, autant que cela soit dans un domaine qui m’enthousiasme”. “Cela concerne une catégorie de personnes bien précise, celle à fort capital culturel, celle que l’on qualifie parfois de bobo, sans qu’il s’agisse de bourgeois dans ce cas précis”, estime le sociologue François de Singly (1).

Lire aussi: Portraits de slashers

Marqués par les crises successives, ne se faisant plus d’illusions sur un possible job à la papa façon CDI à vie dans la même entreprise, ces jeunes dans la vingtaine, ces trentenaires, ces quadragénaires dans une moindre mesure, se sont mis à ressembler aux smartphones qu’ils manipulent toute la journée: ils sont devenus multitâches. “Aujourd’hui, on fait tous plusieurs choses en même temps, comme téléphoner en conduisant, par exemple, remarque le sociologue Jean Viard (2). Mais même en faisant plusieurs choses à la fois, on sait bien qu’il y a une infinité de possibles que l’on ne pourra jamais accomplir. Alors on court avec l’idée de multiplier les postures romanesques: ce qui compte, c’est de pouvoir se raconter sa vie, d’enrichir son récit individuel. Aujourd’hui, réussir sa vie ne signifie plus une carrière accomplie, mais plutôt de multiplier les opportunités.” Sur le principe des vases communicants, les deux activités peuvent s’enrichir l’une l’autre. Pour Stéphane, “cumuler deux jobs permet d’avoir toujours un regard extérieur sur ce que l’on fait. Les exigences que l’on s’impose dans l’un des secteurs vont déteindre sur l’autre. C’est vraiment stimulant !” Ce que confirme le psychanalyste Samuel Lepastier : “Lorsque l’on exerce plusieurs métiers, on est forcément moins prisonnier d’un schéma de pensée. Cela permet de nourrir un profil original. Et, bien souvent, les deux activités finissent par se rejoindre de façon imprévue.”

Jouer sur plusieurs identités.

Les nouvelles technologies ont rendu possibles ces nouvelles vies fractionnées, que chérissent les enfants de la société du zapping. Etre salarié et produire de la musique ou éditer son roman en ligne, proposer son expertise en feng shui ou en yoga… Aujourd’hui, grâce à Internet, quiconque cultive un violon d’Ingres peut en tirer des bénéfices. Et jouir d’un sentiment de plus grande liberté : “Jouer sur plusieurs tableaux, ça permet de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. C’est une façon de diluer la hiérarchie, voire de la contourner”, constate Stéphane. Et donc de ne plus être dans un état de dépendance vis-à-vis d’un seul patron. “Dans le cumul d’emplois, il y a une forte dimension anti-autoritaire, remarque François de Singly. L’idée que l’on ne devient soi-même que si l’on est auteur de sa propre vie.” “Le cumul volontaire et assumé de métiers s’apparente à une sorte de donjuanisme professionnel, relève Jean Viard.

En exerçant plusieurs activités, on garde toujours la possibilité d’être un autre.” Infidèle, le slasher joue avec délectation de ses identités multiples : “Nous sommes devenus multi-appartenants, poursuit le sociologue. Notre seule profession ne suffit plus à nous déterminer. Le matin, on va se présenter comme graphiste, le soir, on sera professeur de yoga, en fonction des circonstances. Les deux métiers agissent à la fois comme des marqueurs et des masqueurs.” Etre multicasquette permet en effet d’appuyer ses domaines d’intérêt tout en avançant masqué lorsque l’on ne veut pas tout dire de soi. D’ailleurs, cumuler les jobs n’est-il pas un moyen de se tenir en retrait, de demeurer sur son quant-à-soi, en nes’engageant jamais complètement? “On peut avoir affaire à des individus inscrits dans des logiques différentes, observe Samuel Lepastier. Il y a les “obsessionnels”, qui ne parviennent pas à choisir et préfèrent tout mener de front. Et ceux, plus “phobiques”, qui sont clairement dans une logique de refus de l’engagement.”

A force de jouer avec ces identités multiples, ne court-on pas le risque de s’y perdre complètement? “Jouer sur plusieurs identités, c’est être dans une logique d’avatar, remarque François de Singly. Le “je” devient la somme de toutes nos identités, sans que l’une domine particulièrement. A l’adolescence, c’est un bonheur que de s’essayer soi-même. A l’âge adulte, l’identité fractionnée peut être plus problématique.” Et de s’interroger: “Où se cache l’unité de soi lorsque l’on cumule les slashs?” Gare, en effet, à l’excès de slashs, qui pourrait mener au clash!

http://www.lexpress.fr/emploi/ces-trentenaires-qui-cumulent-des-jobs_975929.html

One comment on “Les Slashers ou vers la fin du CDI?

  1. Excellent article. Bravo pour votre blog sur les problématiques sociales liées à l’expatriation. C’est très bien écrit.

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