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L’enfant et l’expatriation: pas si facile

 

Voici un article complet du Petit Journal qui éclaire la problématique de l’enfant dans un contexte d’expatriation. Au delà de l’aventure humaine, il y a les inquiétudes et les difficultés liées à l’expatriation.

Parents soyez attentifs aux signes de mal-être de votre enfant; replis sur soi, chute des notes scolaires, agressivité…

N’hésitez pas à rencontrer l’équipe pédagogique de l’école et à solliciter l’aide de professionnel si besoin.

Le dialogue avec votre enfant, expatriation ou pas, petit ou grand, est très important. Malgré des vies professionnelles parfois frénétiques, gardez du temps pour écouter et échanger avec votre enfant.

L’expatriation est un événement dans la vie d’un enfant. Un moment de transition qui peut être vécu avec enthousiasme mais aussi parfois avec angoisse. Et pour les parents d’enfants connaissant des difficultés d’apprentissage, partir peut devenir un choix cornélien

Pour la majorité des enfants qui partent vivre à l’étranger, l’expatriation est synonyme de rencontres, de découvertes enrichissantes, d’ouverture d’esprit, voire d’épanouissement. Il est communément admis que c ‘est une expérience qui donne de l’aisance et forge une belle capacité d’adaptation. Mais cette aventure peut être vécue de façon très différente selon les personnalités, mais aussi les histoires familiales de chacun. Pour Adélaide Russell, co-auteure avec Gaëlle Goutain de L’enfant expatrié*, “les conditions globales de l’expatriation sont définies par les parents. Ce sont eux qui posent notamment le cadre affectif auquel les enfants sont si sensibles (motivation, enthousiasme, curiosité ou au contraire peur, craintes, rejet…). Leur présence continue sécurise l’enfant qui fait face à de nombreux changements, et leurs explications l’accompagnent dans ses découvertes et adaptations. Les parents vont donner la tonalité affective de l’expatriation au départ, vont influencer l’adaptabilité de l’enfant à travers la préparation, mais l’enfant va aussi vivre cette expérience à sa manière à lui, suivant son histoire de vie et sa personnalité…

Préparer le départ
Un déménagement dans un nouveau pays est une source importante de stress pour les enfants ou les adolescents, car il les arrache à leur environnement familier et confortable. Il est important de bien préparer le départ, car très vite surviennent les questions auxquelles il faut répondre avec tact, pour qu’ils puissent surmonter leur peur de l’inconnu, d’anxiété par rapport à leur nouveau pays ou à leur nouvelle école. Les plus petits devront par exemple être tranquillisés sur le devenir de leurs effets personnels. Il est très important pour les parents d’être honnêtes, car rien n’est pire pour les enfants que de sentir que quelque chose d’important se prépare et qu’ils en sont exclus, ce qui décuple leur inquiétude. Il faut préciser pourquoi on part, sans pour autant en rajouter sur ses propres interrogations, être à l’écoute, et observer ses enfants.

Des facteurs personnels propres à l’enfant (une forte angoisse de séparation et sensibilité aux changements, un manque d’adaptabilité, un besoin de repères marqué) ou encore extérieurs à lui (pas de préparation, répétition des expatriations, fortes conditions de sécurité imposées au quotidien, dépression d’un parent sur place…) peuvent rendre une situation difficile pour l’enfant et source de souffrance“, estime Adélaide Russell. Un changement de comportement  (mutisme, colère, difficultés à aller jouer avec d’autres enfants…), peut être le signe que ce bouleversement est mal vécu. Le fils de Pauline, 9 ans, était “un petit garçon très populaire et très apprécié de ses pairs et des instits en France.  A son arrivée aux Etats- Unis, dans une école américaine, il s’est retrouvé dans un environnement complètement étranger, sans aucun repère familier. Il était plutôt joyeux au début tout à sa découverte de ce nouveau monde, donc on ne s’inquiétait de rien. Mais depuis quelques mois, il dort mal, ne mange quasiment plus. Il a même perdu l’envie de jouer avec notre petit voisin (pourtant son grand copain) et en dehors des écrans (ordi, consoles, iPhone, ipad..) il n’y a plus rien qui l’intéresse…” Vrai malaise ou mutation adolescente ?

Emilie a vu son fils de 10 ans piquer des colères terribles peu après son arrivée à Shanghai. “Il est devenu violent en paroles mais aussi physiquement, avec quelques confrontations dans la cour de récréation. Visiblement il était très amer, en souffrance. Il  était de plus dans une phase de rivalité assez aigüe avec son frère. Nous avons consulté. Le médecin lui a fait faire des jeux de rôles, pour l’aider à s’adapter et pour mieux gérer ses relations avec son ainé. Cela lui a permis de verbaliser ses sentiments, et de remettre tout en perspective. Depuis cela va mieux, mais nous ne sommes pas surs de vouloir continuer cette vie de nomades“. Si la tristesse ou la colère persistent au delà de trois mois, il est vivement recommandé de consulter un spécialiste, et si possible dans sa langue maternelle. Selon les destinations, c’est plus ou moins facile, mais aujourd’hui la plupart des grandes métropoles de l’étranger comptent des psychologues ou autres thérapeutes de l’enfance francophones.

Bouger à l’adolescence, c’est rude !
Pour Adélaide Russell, “plus l’enfant grandit, plus sa vie se complexifie et s’enrichit de liens divers, et moins ses parents s’avèrent être ses uniques références au quotidien. C’est pourquoi l’expatriation est plus simple avec de jeunes enfants et bien plus délicate avec les plus grands“. Lorsque les enfants sont jeunes, il est facile de les aider à socialiser car bien souvent, à ce stade, on ne parle pas de véritables amitiés, mais de partager des moments de jeux. Les jeunes mamans recherchent volontiers la compagnie d’autres mères et de leurs enfants, avec qui leurs fils et filles peuvent interagir. Au moment de l’adolescence, en revanche, lorsque l’identité se construit, passer de Paris à Sao Paulo ou de Phnom Penh à Lyon, c’est rude ! Les amitiés sont très importantes, les ados aiment évoluer au sein de leur tribu, avec laquelle ils partagent les mêmes codes vestimentaires, musicaux etc.
Rester en contact malgré la distance est pourtant possible aujourd’hui avec internet, Facebook et MSN. Attention toutefois à une utilisation intempestive du “chat” qui deviendrait alors un frein à l’intégration dans le nouveau pays.
Alexandra s’est vu reprocher par ses deux enfants le fait de ne pas avoir d’amis d’enfance, du fait de nombreuses expatriations en Amérique du Sud : “J’essaie de leur faire comprendre que les amitiés, les vraies, qui restent pour la vie, sont dans la plupart des cas celles qui se forment quand on est déjà plus grands et conscients de nos choix. Comme dans tous les domaines de la vie, l’exemple que nous donnons à nos enfants est primordial. Il est très important, à mon avis, que nous, les parents, fassions tout ce qui est possible pour garder nos amitiés dans le monde, et que nous fassions sentir à nos enfants qu’il est possible de continuer à se sentir proches, même en étant loin”.

Gare au blocage
Une vie en expatriation soumet constamment les enfants à la nécessité de redémarrer le (parfois lourd) processus de reconstruction des amitiés. La peur de ne pas être accepté par les autres peut dans certains cas conduire au rejet, au refus de partir.
A. qui vit à Guadalajara au Mexique depuis 2007, a vu sa fille, âgée de 14 ans à l’époque, faire un blocage total sur l’expatriation. “Nous avons 5 enfants, 2 garçons du côté de mon mari et 2 garçons de mon côté et nous avons une fille en commun. Les garçons sont tous mariés et sont en France. Pour notre fille, cela a été extrêmement difficile, elle a pleuré, nous a détestés, détesté le pays, les gens. Elle nous a reproché de l’avoir séparée de ses frères, de ses neveux et nièces, de ses amies d’école, d’enfance, de son pays, son village, enfin tout. A chaque retour de France (2 fois par an) c’était terrible. Pendant un an, elle a refusé de parler l’espagnol. A l’école, elle n’a rien fait, pour nous punir. Au bout de 2 ans, nous lui avons fait arrêter école et nous lui avons fait passer des diplômes de langues dans un autre établissement. L’année dernière, elle est partie 8 mois aux Etats-Unis, elle était très bien là-bas, car elle était chez des amis. Cette année, elle est retournée en France à Lyon, où elle fait une école pour être hôtesse d’ accueil, tourisme et hôtellerie. Au mois de septembre elle est venue nous rendre visite pendant 3 semaines et, ô miracle, elle a aimé son séjour et a découvert que c’était bien ici ! Elle veut même venir faire son stage en hôtellerie à Mexico. Vraiment comme on dit, elle nous en a fait baver des ronds de chapeaux !

Revenir au pays après plusieurs années à l’étranger n’est pas non plus chose aisée pour certains, qui parfois se sentent étrangers dans leur propre pays. C’est le cas de Vadim, qui a du mal à faire le deuil de sa vie en Afrique, où il a passé toute son enfance. Il se sent différent dans ce pays qu’il ne connaissait que dans le cadre des vacances scolaires. Lors des différentes expatriations, il est important de rappeler à l’enfant d’où il vient, de lui donner des racines afin de lui permettre de grandir avec une référence identitaire. Ceci peut se faire grâce à des retours réguliers dans son pays d’origine, grâce à un attachement à un lieu, une maison éventuelle et, aussi, grâce aux membres de la famille au sens large, d’où l’importance du rôle des grands parents (voir notre article Les grands-parents, si loin si proches). Avoir un sentiment d’appartenance sécurise les enfants.

Les difficultés d’apprentissage pas toujours bien prises en charge
Dans certains cas, l’expatriation se traduit par un environnement assez élitiste et une raréfaction des offres d’orientation (pas de lycées professionnels). Cela peut mettre certains élèves en difficultés. Se pose aussi le problème de l’enfant à handicap qui ne recevra pas forcément un enseignement adapté. Yvan, actuellement à Singapour, a un enfant “diagnostiqué dyspraxique à l’âge de 5 ans et demi alors que nous étions à Zurich. Le lycée français de Zurich n’ayant pas trouvé (ou cherché?) d’autres solutions, un redoublement en maternelle a été décidé. Heureusement, nous sommes arrivés à Genève et nous avons pu choisir d’autres écoles francophones plus adaptées (petits effectifs – pédagogie adaptée – et surtout plus d’école française!). A l’époque, nous n’avons pas pensé a une école anglo-saxonne car nous avions peur de compliquer les choses avec une langue étrangère. C’est dommage, car ces écoles ont très souvent un dispositif aidant les enfants ayant des besoins spéciaux.

C’est l’avis de Madeleine, de Hong Kong, dont la fille souffre d’un léger retard dû à des complications à la naissance : “Nous l’avons scolarisée dans une école anglophone, car elle ne peut pas suivre la scolarité des enfants de son âge au lycée français. Lors de la première réunion avec les professeurs, nous avons été stupéfaits de voir à quel point ils valorisent les points forts de notre fille, au théâtre notamment. Ils mettent particulièrement l’accent sur ses progrès et non sur ses faiblesses. Emma s’épanouit, apprend l’anglais, et n’est pas confrontée à la concurrence de ses frères et sœurs qui eux n’ont pas de problèmes scolaires“.
A Singapour, Yvan a pu mettre en place, “avec l’aide de la direction du Lycée français et de la psychologue scolaire, un PPS – Projet Personnalisé de Scolarisation –  pour supporter notre fils dans sa scolarité et cela marche bien pour le moment“.

Pour Yvan, “l’expatriation (en particulier dans un pays non francophone) n’arrange pas les choses dans le cas d’un enfant en difficulté mais elle peut obliger les parents à faire des choix alternatifs auxquels ils n’auraient peut-être pas pensé en France. Ensuite, la réussite tient beaucoup à la qualité des intervenants que l’on croise sur le chemin, à la détermination des parents et de l’enfant et bien sûr, à la chance !”

http://www.lepetitjournal.com/homepage/expat/88016-expat-les-enfants-en-difficulte-et-lexpatriation.html

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